Les enjeux sociaux complexes qui influent sur la diversité et l’inclusion au Canada sont propres à notre histoire, à notre culture et à notre climat politique. Malheureusement, ces enjeux sont beaucoup trop souvent perçus à travers le prisme des médias et de l’actualité américains. Et bien que nous soyons, à certains égards, culturellement semblables à nos voisins du Sud, nous sommes différents à bien d’autres égards. Lorsque nous considérons les nombreux enjeux sociaux interreliés qui influent sur la diversité uniquement en comparaison avec les États-Unis, nous rendons un grand tort à notre propre pays et à toutes les personnes qui le composent.
Lorsque nous parlons de nos propres dynamiques sociales et de nos systèmes d’oppression comme étant identiques à ceux de nos voisins, ou meilleurs que les leurs, nous faisons l’une de deux choses : soit nous nous concentrons tellement sur l’histoire, la politique et l’actualité américaines que nous sommes incapables de nous attaquer de manière appropriée et efficace à nos propres enjeux, soit nous nous sentons déchargés de toute responsabilité, nous considérant comme meilleurs et n’ayant donc pas besoin de changements systémiques. Aucune de ces perspectives n’est constructive; aucune n’est utile.
Cette vision inexacte du Canada moderne, combinée à une histoire nationale souvent enseignée de façon inexacte, contribue à perpétuer les systèmes d’oppression existants dans notre pays aujourd’hui. Dans de nombreuses écoles, on nous enseigne encore une histoire du Canada qui passe rapidement sur des aspects essentiels, douloureux et cruels de notre passé, ou qui les ignore. Lorsque notre connaissance de l’histoire de notre pays — le meurtre de peuples autochtones, l’esclavage, l’exploitation de la main-d’œuvre, les camps d’internement, les politiques d’immigration racistes, les politiques sexistes et l’adoption de lois homophobes — est insuffisante, nous sommes incapables de comprendre pleinement le contexte actuel de notre pays.
Notre histoire est laide, profondément problématique et cruelle; mais reconnaître cette réalité est important pour comprendre comment les structures de la société continuent aujourd’hui de préserver les privilèges de certaines personnes tout en limitant la mobilité économique d’autres. Les Canadiens voient souvent leur pays à travers un prisme avantageux; nous considérons nos idéaux comme notre réalité. Nous voulons être accueillants, sécuritaires et équitables, mais nous avons encore de nombreux préjugés et systèmes à réévaluer et à modifier pour que cet idéal devienne une réalité.
La diversité et l’inclusion, ou leur absence, constituent un enjeu culturel. Elles dépendent de la façon dont nous percevons les gens, des suppositions que nous faisons à leur sujet et de la manière dont nous interagissons avec eux. Cette culture est façonnée par notre passé et renforcée par le prisme à travers lequel nous nous examinons. Ces préjugés culturels nous sont inculqués tout au long de notre vie; les préjugés qui mènent à l’inégalité et à la sous-représentation sont souvent subtils, implicites et, surtout, intersectionnels.
L’intersectionnalité des identités est essentielle pour comprendre pourquoi une personne peut se sentir la bienvenue ou non dans certains lieux. La société nous perçoit toutes et tous en fonction de notre race, de notre genre, de notre orientation sexuelle, de nos capacités, de notre langue et de notre situation économique, entre autres. Tous ces marqueurs identitaires ont une incidence sur la façon dont nous évoluons dans le monde et sur la manière dont les personnes qui nous entourent nous traitent. Et nous ne pouvons nous dissocier d’aucune de ces identités. Une personne qui est noire, transgenre et une femme est toujours noire, transgenre et une femme : elle ne peut être dissociée d’aucune de ces réalités. La façon dont la société la perçoit est le fruit de l’ensemble de ses identités.
C’est pourquoi il est essentiel de comprendre les nombreux aspects de la diversité et de l’inclusion, leurs contextes historiques, leurs réalités actuelles et nos propres préjugés à leur égard afin de lutter contre l’inégalité et de réparer ou de remplacer les systèmes et les environnements qui favorisent l’exclusion. Reconnaître et découvrir tous les systèmes d’oppression uniques qui existent aujourd’hui au Canada constitue la toute première étape pour déconstruire nos préjugés et valoriser véritablement la diversité.
Bien que des mesures concrètes soient grandement nécessaires dans de nombreux domaines, l’action sociale visant à changer les perceptions culturelles est également d’une importance cruciale. Faire connaître, par l’éducation, une compréhension juste de l’histoire de notre pays, reconnaître nos propres systèmes d’oppression et comprendre nos privilèges sont des étapes importantes pour faire tomber les barrières et favoriser de vastes changements. En tant que Canadiennes et Canadiens, nous parlons si souvent de nos valeurs comme si elles correspondaient à notre réalité. Mais découvrir et comprendre les préjugés, leur origine et leur fonctionnement, tout en travaillant à déconstruire nos propres biais, constitue une étape essentielle pour commencer à bâtir le genre de Canada dont nous parlons si souvent comme d’une réalité.

